Dans ce chapitre nous allons voir quelques valeurs qui caractérisent la culture soninké. Il s’agira pour nous d’en énumérer quelques-unes, de comprendre les raisons qui les fondent et aussi comment l’homo soninkus conçoit la société et l’univers.
Kuuɲinde : la salutation
Nous avons évoqué ceci précédemment : la salutation est une marque de politesse et de courtoisie. Il permet aux gens de solidifier leurs liens, d’en tisser.
Kalungoraxu : le cousinage à plaisanterie
Le cousinage à plaisanterie « kalungoraxu » existe entre des patronymes, des clans et des ethnies. C’est un évacuateur de tensions. Il apaise les tensions si elles éclatent. Par exemple, entre un Saxo et un Sissoko, il ne peut y avoir de dispute. Car, ce pacte de cousinage les lie depuis les temps immémoriaux. Entre les cousins à plaisanter, il n’y a que le sourire, le rire, les taquineries. Mais, on ne s’insulte pas avec grossièreté. Les soninké entretiennent ces relations avec deux autres groupes ethniques présents en Afrique de l’ouest et qui sont leurs voisins. Il s’agit,
notamment, des malinkés et des peuls. Dans la communauté soninké, elles existent entre les soninké de Gidime et ceux de Djafounou.
Jajingala : Il a tendance à disparaître. Récemment, on pouvait le constater lors de la célébration des fêtes de l’indépendance. Qu’est-ce que ce ? C’est le fait que les jeunes prennent le contrôle du village la nuit, surveille la circulation et effrayent les filles qu’ils feignent de pourchasser.
Talibanlegano : Il s’agit des jeunes talibé doués d’une grande force physique et ayant des aptitudes poétiques (les chants). Ils voyagent de village en village pour exposer leurs talents. Ce sont de grands acrobates qui égaient les jeunes avec leurs tours et leurs poèmes.
Tangiye : la fête collective. Un moment très fort dans la vie des soninkés. Les pêches collectives ont généralement lieu entre octobre et décembre. C’est le moment où le niveau des eaux a baissé et ne présentent aucun danger pour la vie humaine. Les soninké viennent de partout. Les villages voisins, la diaspora, tous se donnent rendez-vous pour un point de pêche précis. Comment ça se passe ? Al’aube, tous les hommes, à bord de charrettes ou à pieds, convergent vers les eaux poissonneuses. Arrivés, on les encercle et attend avec impatience que le signal soit donné. Un griot, d’une voix puissante, demande si tout le monde est présent. Et la foule répond avec ferveur « yebo ». Après, c’est une véritable débandade. Pieds nus, sans crainte des reptiles venimeux ou des épines, on court vers le lac en enfonçant avec vigueur les filets dans l’eau.
Exemple : Gundugu tangiye
Leyigudi : la cérémonie d’initiation des jeunes garçons aux secrets des hommes.
Hallande : le mariage. C’est l’étape finale qui donne lieu à une grande fête au village. C’est ce qui permet à la nouvelle mariée de rejoindre son domicile conjugal. Autrefois, elle s’y rendait assise sur un cheval dont les brides sont tenues par quelqu’un.
Doronde : le respect est très important. Envers les ainés, les parents. Sans le respect, rien ne marche. Pour les soninkés, le « doronde » (respect ou humilité) permet à un jeune de réussir dans la vie.
Mee demande : la solidarité. En milieu soninké, on est très solidaires les uns envers les autres. Lors des décès (baade), la douleur d’une famille éplorée touche tout le village. Les femmes sont les plus émotives. Elles s’écrient de douleur. Les plus versées dans la science coranique, chantonnent des versets et rappellent des hadiths pour se lamenter sur le malheur de la condition mortelle et inviter les gens à se supplier aux volontés d’Allah. Pendant le veuvage « huruja », on secourt cette famille avec des vivres et de l’argent. Na likke nowondi me maxa (alléger les charges)
Negancelande : un neveu se rend chez son oncle. Il feint de balayer la cour de la maison. Et après, son oncle peut lui offrir des présents ou lui promettre la main d’une cousine.
Conclusion :
Avec l’islamisation de notre société, force est de constater que beaucoup de faits culturels disparaissent de plus en plus. On assiste au crépuscule des temps anciens. Par exemple, il est très rare de voir le leyigudi ou le jajinkala.Les talibanlegano aussi se raréfient.
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